Itw Tanguy Pastureau

Retrouvez l'intégralité de l'entretien avec Tanguy Pastureau paru dans le Allonnes Infos de novembre 2019.

 

Le spectacle est le dernier lieu de totale liberté

Chroniqueur tous les matins à France Inter, le comédien Tanguy Pastureau sera sur scène, salle Jean Carmet, le 7 décembre. Nous reproduisons ici l'intégralité de l'entretien paru pour partie dans le Allonnes infos de novembre.

 

Est-ce que vous connaissez Allonnes, si oui comment ?

Je ne connais pas du tout Allonnes. D'ailleurs, personne ne connait Allonnes. Je vous soupçonne vous-même de ne pas connaître Allonnes et d'attendre une réponse de moi afin de savoir ce que c'est. Du département de la Sarthe, je ne connais que les rillettes pour la gastronomie, François Fillon pour les costumes, et la ville du Mans pour les courses de moto. Heureusement que je viens vous voir pour approfondir ces connaissances.

 

Introduisez-vous des éléments locaux lors de vos tournées ?

Oui, j'embauche 10 à 15 stagiaires de 3ème venant des collèges du coin pour qu'ils m'apportent des cafés tout au long du spectacle. Sinon, je m'informe à propos de la vie politique locale, des derniers faits divers, et le jour même, je jette un œil sur la presse régionale, c'est une manière de me connecter au quotidien des personnes que je rencontre, ainsi que de leurs préoccupations, qui diffèrent tellement selon les départements. Pour la date à Allonnes, je vais vous lire.

 

Comment établissez-vous les limites à ne pas franchir dans vos spectacles ?

Je n'en établis aucune, je ne me pose pas de questions, car pour moi, le spectacle est le dernier lieu de totale liberté. On peut tout y dire, tout y faire (y compris se produire nu, mais dans mon cas, le tarif du billet serait alors réévalué). Il faut dire que dans une salle de spectacle, on est en complicité avec le public, qui en théorie, sait qui il vient voir. En radio, en télé, on peut avoir affaire à des gens qui zappent au gré de leurs envies et pourraient être choqués par tel ou tel propos. Le spectacle est épargné par cela, et je sais que je peux tout me permettre. La seule limite est ce qui me fait ou pas rire moi, en tant qu'individu.

 

Après avoir croqué les minorités dans vos chroniques il y a quelques années, considérez-vous qu'il y a eu une évolution en France en 2019 ?

Je l'avais fait sur France Ô il y a plusieurs années, chaine considérée alors comme celle de la diversité. Je me présentais moi-même, en tant que blanc, comme représentant d'une minorité discriminée. J'étais entouré de tas de gens de toutes origines, et ça a été une expérience fraîche et intéressante pour moi, parce qu'en général, dans les médias, on est très doué pour faire des leçons d'anti-racisme à tout le monde, mais concrètement, à la télé, à la radio, il n'y a pas réellement de diversité. Et, quand il y en a, tout le monde pense pareil. La situation des minorités a évolué, dans le sens où elle s'est, j'ai l'impression, radicalisée. Chacun vit de plus en plus dans son petit monde, les gens se croisent sans se parler, chacun avec ses références propres, sa culture à lui, son quartier à lui. A l'américaine. Le vivre-ensemble n'est plus qu'un slogan pour politiques à la ramasse.

 

Quel est votre "meilleur client" (s'il y en a un) en matière de chroniques radiophoniques ?

Pendant longtemps, je me suis pas mal moqué d'Eddy de Pretto, un jeune chanteur neurasthénique dont le look et le regard triste suscitent la pitié (j'ai ouvert une cagnotte Leetchi pour lui payer une psychanalyse). Mais je me suis lassé, car j'aime changer de têtes à claques et en trouver qui correspondent vraiment à l'air du temps. Macron m'a amusé, mais je le trouve déjà usé, courant sans but, un peu comme une poule dont on vient de couper la tête. Il est bien sûr beaucoup plus beau qu'une poule, et lui ne va pas finir en cordon bleu, puisqu'il les mange.

 

Vous considérez-vous toujours comme une anti-star ? ... Pourtant vous en êtes une, si on peut se permettre. Pour autant, vous faites l'éloge de l'anonymat dans votre spectacle, comment est-ce possible ?

Je ne suis pas une star, c'est ce que j'explique dans le spectacle. Quand je suis dans la rue, personne ne s'évanouit en me croisant, je m'approche des personnes en bombant le torse, mais on ne s'arrache pas non plus ma chemise. Si bien que je change très peu de vêtements et qu'actuellement, je suis toujours sur une petite liquette achetée chez Célio en 2011. Il y a trop de gens dans l'humour, la chanson, le cinéma, pour que le système arrive encore à générer des stars. On est un peu noyé dans la masse, moi je suis connu des auditeurs de France Inter, mais parlez de moi à une auditrice de Fun Radio, elle va vous dire " je ne sais pas qui c'est ". Désolé, je casse le mythe, il est encore temps d'agir en mairie pour faire annuler le spectacle.

 

Pour terminer, si vous deviez conseiller un débutant dans l'humour, que lui diriez-vous ?

De ne pas faire ce métier pour être connu, mais juste pour s'amuser, prendre du bon temps, savourer ces rencontres avec le public. Et surtout de ne pas regarder ce qui se fait ailleurs, de ne pas s'inspirer d'humoristes existants, afin de créer son propre langage. Seuls ceux qui ont quelque chose de très personnel restent. Les autres repartent vers des métiers crédibles, comme chef de rayon ou prostitué.

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