Micro-Folie : une semaine, une oeuvre #11

Cette semaine, nous vous introduisons dans le Romantisme en peinture par le célèbre tableau "Le radeau de la Méduse" de Théodore Géricault.

La semaine dernière, nous avons aperçu les prémices de ce mouvement au travers de Francisco de Goya. Mais ce tableau de Géricault est une des illustrations les plus représentatives des préoccupations des artistes romantiques.

 

  • Scandale politique

"Le Radeau de La Méduse" est une peinture à l'huile sur toile, réalisée entre 1818 et 1819 par le peintre romantique français Géricault. Ce tableau, de très grande dimension (491 cm de hauteur et 716 cm de largeur), représente un épisode tragique de l'histoire de la marine coloniale française : le naufrage de la frégate Méduse.

Elle s'est échouée le 2 juillet 1816 sur un banc de sable, un obstacle bien connu des navigateurs situé à une soixantaine de kilomètres des côtes de l'actuelle Mauritanie. Au moins 147 personnes se maintiennent à la surface de l'eau sur un radeau de fortune et seuls quinze passagers survivent et embarquent le 17 juillet à bord d'un bateau venu les secourir après avoir enduré la faim, la déshydratation, la folie et même le cannibalisme de survie.

L'événement devient un scandale d'ampleur internationale, en partie parce qu'un capitaine français servant la monarchie restaurée depuis peu est jugé responsable du désastre, en raison de son incompétence.

 

  • Réaction au Néoclassicime

"Le Radeau de La Méduse" présente une certaine continuité avec les courants picturaux antérieurs au romantisme, notamment dans le choix du sujet et le caractère dramatique de la représentation, mais rompt de manière nette avec l'ordre de la peinture néo-classique.

En choisissant de représenter cet épisode tragique pour sa première œuvre d'importance, Géricault a conscience que le caractère récent du naufrage suscitera l'intérêt du public et lui permettra de lancer sa jeune carrière. Cependant, l'artiste s'est également pris de fascination pour cet événement, et réalise ainsi d'abondantes recherches préparatoires et plusieurs esquisses avant d'entamer la création du tableau.

Il rencontre en effet deux des survivants de la catastrophe, construit un modèle réduit très détaillé de la structure du radeau, et se rend même dans des morgues et des hôpitaux afin de voir de ses propres yeux la couleur et la texture de la peau des mourants.

"Le Radeau de La Méduse" emprunte beaucoup d'éléments aux peintres néoclassiques contemporains de Géricault comme Jacques-Louis David et Antoine-Jean Gros qui peignent des événements d'actualité de manière monumentale.

Bien que les hommes représentés dans l'œuvre aient passé treize jours à dériver sur un radeau, souffrant de la faim, de maladies et de cannibalisme, Géricault les peint musclés et en bonne santé, dans la tradition de la peinture héroïque.

L'influence du classicisme est très forte dans le tableau. Mais le tableau est résolument romantique par le caractère réaliste du sujet, ce qui incarne une évolution majeure et marque la rupture avec le courant néoclassique.

Néanmoins, il s'en détache car il met en scène des gens ordinaires plutôt que des héros. En effet, le tableau de Géricault n'en comporte aucun, et ses personnages n'ont d'autre objectif que la survie. Le naturalisme des lumières et des ombres, l'authenticité du désespoir incarnée par les survivants et l'émotion suscitée par la composition de l'œuvre distinguent le tableau de l'austérité néoclassique.

 

  • Le Romantisme

L'art romantique, comme en littérature, prend avant tout le contre-pied de l'art classique. Il est une réaction contre la formule d'art antérieure. En art comme en littérature, il faut bien reconnaître que les anciennes règles ne reposaient sur aucun fondement solide, et que le les peintres recherchent essentiellement la liberté. Et le romantisme artistique, comme le romantisme littéraire, proclame que "tout ce qui a vie a droit".

Les règles de compositions, de sujets, ou encore de formats qui régissaient l'art néoclassique ne sont plus acceptées par les peintres. Géricault nous propose ici d'en briser certaines, afin de libérer la peinture de carcans inutiles et trop restrictifs. Si nous avons pu étudier quelques artistes qui respectent l'ordre établi, la plupart des artistes sont en contradiction avec ce qui les précèdent.

C'est ainsi que l'histoire de l'art évolue, se transforme pour donner vie à de nouveaux mouvements, de nouvelles idées et de nouvelles formes d'art.

Si aujourd'hui l'art contemporain est si riche, c'est grâce à cette évolution qui permet aux artistes de s'affranchir toujours plus des règles établies. L'art est le reflet de la société dans laquelle il évolue. C'est ainsi qu'au moment du Romantisme, de profonds changements s'opèrent en politique et dans les mœurs.

Les artistes s'expriment à propos de ces actualités, et nous le verrons la semaine prochaine avec Eugène Delacroix, peintre romantique lui aussi.

Selon vous, qui a prononcé cette phrase en découvrant le tableau de Géricault pour la première fois : "Monsieur Géricault, vous venez de faire un naufrage qui n'en est pas un pour vous !" ?

A la semaine prochaine !